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Al-Ummah & autres sources
Istanbul

Le journal saoudien Al Majalla a publié une analyse de la crise de l’électricité au Liban et des mesures envisagées pour y remédier. Dans cet article, la journaliste Thuraya Shahin présente les sept axes du plan de réforme élaboré par le ministère libanais de l’Énergie, tout en revenant sur les obstacles politiques, financiers et techniques susceptibles d’en retarder la mise en œuvre.
Le Liban traverse depuis des années une crise de l’électricité qui prive une grande partie de la population d’un approvisionnement régulier. Dans certaines régions, les habitants ne disposent parfois que de deux heures d’électricité par jour. Cette situation résulte notamment de l’insuffisance des capacités de production, de la hausse du coût des combustibles, des factures impayées par l’État et des difficultés financières de l’Électricité du Liban (EDL), auxquelles s’ajoutent les faibles taux de recouvrement des factures.
Face à cette situation, le président du Parlement, Nabih Berri, et le Premier ministre, Nawaf Salam, ont évoqué la nécessité de trouver une solution globale. Parmi les pistes envisagées figure le recours à un modèle de construction, d’exploitation et de transfert (BOT), ou à un accord international susceptible de permettre la réalisation de nouvelles infrastructures sans faire peser immédiatement leur coût sur les finances publiques libanaises.
La visite à Beyrouth, en octobre, du Premier ministre qatari, Cheikh Mohammed ben Abderrahmane ben Jassim Al Thani, a également relancé les discussions autour d’un projet d’investissement dans le secteur de l’électricité. Le principe proposé repose sur la participation d’entreprises qataries au financement, au développement et à l’exploitation des installations, sans dépense initiale pour le Trésor libanais.
Le projet prévoit la construction de deux centrales électriques à cycle combiné, d’une capacité de 825 mégawatts chacune, à Deir Ammar et Zahrani. Il comprend également le développement de capacités de production d’énergie solaire à hauteur de 800 mégawatts et de parcs éoliens d’une capacité totale de 440 mégawatts, ainsi que l’installation de systèmes de stockage par batteries.
Le plan prévoit par ailleurs l’importation de 300 mégawatts d’électricité depuis la Syrie, par deux voies d’interconnexion, ainsi que le recours au gaz naturel acheminé par le gazoduc arabe. L’objectif affiché est de mettre en œuvre ce programme sur une période de trois ans. Sa réalisation reste toutefois conditionnée à l’obtention des autorisations nécessaires, à la mise en place de mécanismes de paiement et à l’octroi de garanties suffisantes aux investisseurs.
Dans le domaine des énergies renouvelables, QatarEnergy envisage également de construire une centrale solaire pouvant produire jusqu’à 150 mégawatts. Le projet serait implanté sur un terrain attribué à l’armée libanaise et a déjà obtenu l’approbation du Conseil des ministres.
Le ministère libanais de l’Énergie a, pour sa part, présenté le 21 juillet un document de politique sectorielle destiné à réorganiser le fonctionnement du secteur électrique. Parmi les mesures envisagées figurent l’amélioration du recouvrement des factures, dont le taux atteint environ 60 %, ainsi que la transformation de l’Électricité du Liban en société anonyme de droit public.
Les sept axes du plan de réforme
Selon une source proche du ministre de l’Énergie, Joe Saddi, le plan repose sur plusieurs axes complémentaires visant à accroître la production, à diversifier les sources d’approvisionnement et à réorganiser la gestion du secteur.
Construire de nouvelles centrales fonctionnant au gaz
Le premier axe prévoit la construction de nouvelles centrales électriques alimentées au gaz naturel. Le coût de chacune d’elles est estimé à environ un milliard de dollars. La Société financière internationale (IFC) pourrait participer à la préparation et à la structuration de ces projets.
La mobilisation des investisseurs demeure toutefois tributaire de garanties financières et juridiques solides. Ceux-ci souhaitent notamment obtenir des assurances concernant la continuité de leurs investissements, y compris dans un contexte de guerre ou d’instabilité régionale.Augmenter les capacités de production d’électricité
Le deuxième axe consiste à développer les capacités de production, notamment à partir des énergies renouvelables.
En 2022, onze licences avaient été accordées pour des projets de production d’électricité solaire, représentant une capacité totale de 165 mégawatts. Aucun de ces projets n’était opérationnel lorsque Joe Saddi a pris ses fonctions, en février 2025. Quatre projets ont depuis été relancés, tandis que trois autres ont été acquis par le groupe CMA CGM.
Le projet de Beino, dans le gouvernorat d’Akkar, figure parmi les initiatives les plus avancées. Le développement de l’énergie solaire reste néanmoins confronté à des obstacles réglementaires. La loi n° 462, adoptée en 2002, prévoyait la création d’une Autorité de régulation de l’électricité, mais cette institution n’a jamais été mise en place.
Le plan prévoit également de faciliter l’octroi de licences pour les installations solaires et de faire progresser un projet de parc éolien dans la région d’Akkar.Passer du fioul au gaz naturel
Le troisième axe vise à remplacer progressivement les combustibles actuellement utilisés par le gaz naturel, moins coûteux et plus adapté à une production électrique à grande échelle.
Le dispositif envisagé repose sur l’achat de gaz naturel liquéfié (GNL), en coordination avec la Jordanie et la Syrie. Celui-ci serait acheminé vers le terminal d’Aqaba, en Jordanie, où il serait regazéifié avant d’être transporté par le réseau régional de gazoducs.
La mise en œuvre de ce dispositif nécessite toutefois la remise en état de certaines infrastructures et la réalisation de tests techniques. Le projet initial prévoyait l’installation de trois unités flottantes de stockage et de regazéification à Beddawi, Selaata et Zahrani. Cette configuration a depuis été révisée : le scénario actuellement envisagé repose sur une seule unité flottante, reliée à la centrale de Deir Ammar.Renforcer les interconnexions électriques avec la Syrie et la Jordanie
Le quatrième axe porte sur le rétablissement et le renforcement des échanges d’électricité avec les pays voisins, en particulier la Syrie et la Jordanie.
Le Liban reçoit déjà environ 150 mégawatts d’électricité en provenance de Syrie, acheminés par le poste de transformation de Ksara, dans la région de Zahlé. Le plan prévoit de consolider cette coopération et de rétablir la liaison électrique avec la Jordanie en passant par le territoire syrien.
Ces interconnexions pourraient contribuer à diversifier les sources d’approvisionnement du Liban et à réduire la pression exercée sur les capacités nationales de production.Étudier une liaison électrique sous-marine avec Chypre
Le sixième axe concerne la possibilité de relier le réseau électrique libanais à celui de Chypre au moyen d’un câble sous-marin.
Une étude de faisabilité doit être menée avec le soutien de la Banque mondiale. À terme, cette liaison pourrait ouvrir au Liban la possibilité d’accéder au réseau électrique européen, si Chypre parvient elle-même à établir une connexion avec celui-ci.
Les discussions relatives à ce projet restent toutefois suspendues dans l’attente des conclusions de l’étude.Restructurer la production, le transport et la distribution
Le dernier axe vise à réorganiser en profondeur le secteur électrique en distinguant clairement les activités de production, de transport et de distribution.
Le modèle proposé prévoit une participation accrue du secteur privé à la production d’électricité, tandis que le transport resterait sous le contrôle de l’État, par l’intermédiaire de l’Électricité du Liban.
La distribution serait, quant à elle, organisée en huit zones géographiques. Des opérateurs privés seraient sélectionnés par voie d’appels d’offres pour assurer la distribution de l’électricité, le recouvrement des factures et l’entretien du réseau. Ils seraient également chargés de lutter contre les branchements illégaux et les pertes qui en résultent.
Cette organisation s’inspirerait notamment du modèle appliqué dans la région de Zahlé, où la distribution de l’électricité est assurée par un opérateur privé.
Le texte original passe directement du point 4 au point 6 : aucun point 5 n’y figure.
Des obstacles politiques, financiers et techniques
La mise en œuvre du plan reste soumise à plusieurs conditions. Les projets doivent d’abord obtenir l’approbation du Conseil des ministres et bénéficier de mécanismes de financement et de garanties adaptés. La situation régionale constitue également un facteur d’incertitude majeur.
L’escalade militaire et les agressions israéliennes pourraient compromettre les travaux, retarder les investissements et perturber les approvisionnements énergétiques. Les difficultés d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié, notamment en provenance du Qatar, représentent un autre risque pour la réalisation du programme.
À ces facteurs s’ajoutent les lourdeurs administratives et les blocages politiques qui ont longtemps entravé les réformes du secteur électrique au Liban.
Rétablir la confiance dans l’Électricité du Liban
Ghassan Baydoun, membre de l’Institut libanais d’études de marché et ancien directeur général de l’investissement au ministère de l’Énergie et de l’Eau, estime que le plan est justifié et repose sur des orientations pertinentes. Il souligne toutefois que sa mise en œuvre exigera du temps et une volonté politique constante.
Pour lui, l’une des priorités consiste à rétablir la confiance de la population dans l’Électricité du Liban. Cette confiance ne pourra être restaurée sans une amélioration tangible de la qualité du service et une révision du système de facturation.
Baydoun critique notamment le maintien de frais fixes facturés aux abonnés même lorsque l’électricité n’est pas fournie. Il considère cette pratique comme une forme d’extorsion et de pression exercée sur les consommateurs, qui doivent payer pour un service dont ils ne bénéficient pas nécessairement.
Il attire également l’attention sur les pertes du réseau, qui atteindraient 45 % et dont le coût est supporté par les consommateurs. À ses yeux, une réforme sérieuse doit donc commencer par un examen approfondi des actifs, des stocks et des contrats de l’Électricité du Liban, ainsi que des relations entre l’entreprise publique et la société Électricité de Qadisha.
Il met enfin en garde contre les comparaisons simplistes entre le coût de l’électricité fournie par l’État et celui des générateurs privés. Selon lui, les deux systèmes ne peuvent être évalués sans tenir compte de leurs structures de coûts, de leurs obligations et des conditions dans lesquelles ils fonctionnent.
La réussite du plan dépendra ainsi non seulement de la construction de nouvelles centrales et du développement des énergies renouvelables, mais aussi de la capacité des autorités libanaises à réformer la gouvernance du secteur, à garantir la transparence financière et à restaurer la confiance des citoyens dans le service public de l’électricité.
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