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Al-Ummah & autres sources
Istanbul

Plusieurs familles tunisiennes cherchent à connaître le sort de leurs proches partis en Russie pour y travailler ou poursuivre leurs études, avant de se retrouver, selon leurs témoignages, enrôlés de force dans l’armée russe et envoyés combattre en Ukraine. Dans un reportage diffusé le 29 octobre 2026, France 24 donne la parole à ces familles qui dénoncent les conditions dans lesquelles leurs enfants ont été recrutés et réclament des informations sur leur sort.
Selon le reportage, plusieurs jeunes Tunisiens ont quitté leur pays avec l’espoir de poursuivre des études ou de trouver un emploi en Russie. Certains auraient été attirés par des promesses de bourses universitaires ou de contrats de travail. Une fois sur place, ils se seraient retrouvés confrontés à des situations qui les ont conduits à intégrer les forces armées russes et à partir sur le front ukrainien.
Le témoignage de la famille d’Aymen al-Dhayoudi illustre ce parcours. Le jeune homme avait quitté la ville de Sbeïtla, dans le centre-ouest de la Tunisie, en novembre 2022, pour étudier la gestion d’entreprise en Russie. Sa famille affirme avoir ensuite perdu progressivement le contact avec lui. Dans un dernier message vocal, Aymen aurait indiqué qu’il était envoyé combattre en Ukraine.
Un autre cas concerne Montassar, parti en Russie en 2021 pour suivre une formation en informatique. Selon les informations rapportées par ses proches, il aurait été arrêté dans une affaire liée à la drogue, puis incarcéré. Sa famille affirme qu’il a subi des pressions en détention avant de signer un contrat avec l’armée russe. Dans un message envoyé depuis le front, il évoquait les drones et les tranchées.
Des familles sans réponses sur le sort de leurs proches
L’inquiétude des familles porte désormais autant sur les conditions de recrutement que sur le sort des jeunes hommes envoyés au combat. Certaines ont reçu des informations faisant état de décès, tandis que d’autres n’ont plus aucun contact avec leurs proches et ignorent s’ils sont encore en vie.
Selon des informations relayées par le média tunisien Kapitalis, sept jeunes Tunisiens partis en Russie auraient été enrôlés dans les forces armées russes. L’un d’eux serait mort et les six autres seraient portés disparus. Ces chiffres doivent toutefois être considérés avec prudence, en l’absence de confirmation officielle exhaustive.
Le parcours de certains de ces jeunes a également été documenté par le média d’investigation tunisien Inkyfada. Les témoignages recueillis font état de recrutements intervenus après des arrestations et des périodes de détention en Russie. Des familles affirment que leurs proches auraient été poussés à signer des contrats militaires, parfois dans des circonstances qu’elles assimilent à une contrainte.
Des réseaux de recrutement et de fausses promesses
Au-delà des cas individuels, cette affaire soulève la question de l’existence de réseaux qui attireraient de jeunes Africains vers la Russie sous couvert d’offres d’emploi ou de possibilités d’études, avant de les orienter vers le recrutement militaire.
Selon des informations publiées par le quotidien Al-Quds Al-Arabi et reprises par plusieurs médias, des intermédiaires opéreraient en Tunisie pour convaincre des jeunes de partir en Russie. Les promesses de formation, de bourses ou de rémunérations attractives constitueraient l’un des moyens utilisés pour les attirer.
Le président de l’Association de sauvegarde des Tunisiens bloqués à l’étranger, Mohamed Iqbal Ben Rajab, a dénoncé le manque de mesures concrètes pour retrouver les jeunes disparus et obtenir des explications des autorités russes. Il estime que les autorités tunisiennes disposent d’informations sur ces situations, mais que les démarches entreprises restent insuffisantes. Il a notamment appelé Tunis à convoquer l’ambassadeur de Russie afin d’obtenir des éclaircissements sur le sort des étudiants tunisiens portés disparus.
Un phénomène qui dépasse le cas tunisien
Les situations rapportées en Tunisie s’inscrivent dans un phénomène plus large de recrutement de ressortissants étrangers dans les forces armées russes. Le 26 octobre 2026, la Commission d’enquête internationale indépendante des Nations unies sur l’Ukraine a accusé les autorités russes d’avoir fait venir des personnes originaires de 29 pays, en recourant à la tromperie ou à la contrainte, dans le but de les enrôler dans l’armée russe.
Plusieurs gouvernements africains ont également exprimé leurs préoccupations au sujet de leurs ressortissants engagés dans la guerre. L’Ouganda a notamment signalé des citoyens morts ou présumés morts, tandis que le Kenya a engagé des démarches auprès de Moscou pour obtenir des explications sur le recrutement de ses ressortissants. En Afrique du Sud, le président Cyril Ramaphosa a lui aussi évoqué le cas de citoyens attirés en Russie par des promesses de contrats de travail rémunérateurs.
De son côté, Moscou conteste les accusations de recrutement illégal de ressortissants étrangers. L’ambassade de Russie au Kenya a notamment affirmé que les étrangers avaient la possibilité de s’engager volontairement dans les forces armées russes.
En Tunisie, les familles concernées attendent toujours des réponses précises sur le sort de leurs proches. Pour elles, l’enjeu ne se limite plus à comprendre les conditions dans lesquelles ces jeunes ont été recrutés: il s’agit désormais de savoir où ils se trouvent, s’ils sont encore vivants et, dans le cas de ceux qui auraient péri au combat, de pouvoir récupérer leurs dépouilles.
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