Bagdad inaugure son premier musée consacré à la communauté juive d’Irak

Bagdad inaugure son premier musée consacré à la communauté juive d’Irak

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Al-Ummah & autres sources

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Istanbul

Le premier musée de la communauté juive en Irak ouvre ses portes à Bagdad.

Installé dans une ancienne école juive fondée en 1928, le musée Shamash retrace plus de 2 600 ans de présence juive en Irak. Son ouverture intervient alors que cette communauté, autrefois l’une des plus importantes du Moyen-Orient, ne compte plus que quelques dizaines de membres dans le pays.

Des dizaines de visiteurs irakiens et étrangers ont commencé à découvrir le musée Shamash, le premier établissement muséal consacré à la communauté juive d’Irak, récemment inauguré dans le centre de Bagdad. Cette initiative s’inscrit dans les efforts entrepris par les représentants de cette minorité pour préserver un patrimoine religieux, culturel et historique profondément ancré dans l’histoire du pays.

Situé dans la célèbre rue al-Rachid, au cœur de la capitale, le musée occupe les locaux d’une ancienne école juive fondée en 1928 par Yaacoub Shlomo Shamash, un riche homme d’affaires juif irakien. L’établissement dispensait un enseignement en anglais à des élèves issus de différentes communautés religieuses, notamment juives.

« Il s’agit du seul musée en Irak appartenant à la communauté juive », a expliqué à l’Agence France-Presse (AFP) Ammar al-Tamimi, avocat membre du comité administratif chargé de la gestion des biens de la communauté juive irakienne.

Le musée se compose actuellement d’une salle d’exposition où sont présentés des documents anciens, des photographies de familles et de personnalités juives irakiennes ainsi que des certificats scolaires témoignant de la vie de cette communauté au fil des générations.

Parmi les figures historiques dont les portraits ornent les murs de l’établissement figurent Sassoon Eskell (1860-1932), premier ministre des Finances de l’Irak, et le médecin Dhafer Fouad Eliyahu (1960-2021), connu dans le pays pour avoir prodigué gratuitement des soins médicaux.

L’architecture du bâtiment a également conservé certains de ses éléments distinctifs, notamment son imposante porte d’entrée en bois, surmontée de représentations de menorahs et de motifs géométriques en verre coloré.

Une communauté vieille de 2 600 ans

La présence juive en Irak remonte à environ 2 600 ans, à l’époque de l’exil babylonien. Au fil des siècles, les Juifs ont participé à la vie économique, intellectuelle, commerciale et culturelle de la Mésopotamie, faisant de Bagdad l’un des principaux centres de la vie juive au Moyen-Orient.

Dans les années 1940, la communauté juive irakienne comptait environ 135 000 personnes. Elle constituait alors l’une des communautés juives les plus importantes de la région.

Son déclin s’est toutefois accéléré à partir de 1941, avec le Farhoud, un pogrom au cours duquel plus d’une centaine de Juifs furent tués lors d'attaques menées par des foules contre leurs habitations et leurs commerces à Bagdad. L'émigration s'est ensuite intensifiée après la création de l'État d'Israël en 1948, dans un contexte marqué par les conflits régionaux et les restrictions imposées aux membres de la communauté par les autorités irakiennes.

Aujourd'hui, seuls quelques dizaines de Juifs vivent encore en Irak, principalement dans la région du Kurdistan, au nord du pays. Beaucoup préfèrent ne pas afficher publiquement leur appartenance religieuse, par crainte de la stigmatisation.

De l'ancienne école au musée du patrimoine juif

Le bâtiment qui accueille aujourd'hui le musée possède lui-même une histoire mouvementée. Fondée en 1928, l'école Shamash a été confisquée par l'État irakien dans les années 1970, avant d'être transformée en établissement scolaire public.

Ce n'est qu'en 1992 qu'une décision judiciaire a permis de restituer le bâtiment à la communauté juive, selon Ammar al-Tamimi.

Les projets de réhabilitation se sont ensuite heurtés à plusieurs obstacles, notamment les sanctions économiques des années 1990, l'invasion américaine de 2003, les affrontements confessionnels de 2006 et 2007, puis la progression de l'organisation terroriste Daech et sa prise de contrôle de vastes territoires irakiens entre 2014 et 2017.

Ces dernières années, dans un contexte de relative stabilisation du pays, des représentants de la communauté juive, sous l'impulsion notamment de Khalida Fouad Eliyahu, âgée de 63 ans, ont entrepris de restaurer plusieurs lieux de mémoire et de culte.

L'ouverture du musée Shamash s'inscrit dans cette démarche de sauvegarde d'un patrimoine longtemps négligé.

Préserver la mémoire d'une histoire plurielle

L'initiative suscite également l'intérêt des visiteurs irakiens, dont certains gardent le souvenir de la coexistence entre les différentes communautés religieuses dans les quartiers de Bagdad.

Lors de sa visite, Ramzi al-Saadi, âgé de 74 ans, a évoqué ses anciens voisins juifs de la rue al-Kifah, dans la capitale. Il a décrit à l'AFP des personnes « bonnes et simples », avec lesquelles les relations de voisinage étaient paisibles.

Au-delà de sa dimension muséale, l'établissement représente ainsi un témoignage matériel de la diversité religieuse et culturelle qui a marqué l'histoire de l'Irak.

Selon les informations rapportées par l'AFP, il subsiste aujourd'hui dans le pays une cinquantaine de synagogues et d'autres sites liés à la présence juive, principalement à Bagdad et à Hilla, dans la province de Babylone. Plusieurs de ces lieux sont toutefois dans un état de dégradation avancé ; certains ont été transformés en entrepôts, tandis que d'autres ont disparu au fil des conflits.

L'ouverture du musée intervient néanmoins dans un contexte qui soulève aussi des interrogations sur la participation de la diaspora juive irakienne à la préservation de son propre patrimoine. L'organisation américaine JIMENA, qui représente les Juifs originaires du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, a salué la restauration de l'ancienne école, tout en soulignant les difficultés rencontrées par les descendants des familles juives irakiennes pour accéder à ces lieux et participer directement à leur préservation.

La transformation de l'école Shamash en musée constitue ainsi une étape dans la sauvegarde de la mémoire juive irakienne, dont l'histoire demeure indissociable de celle de Bagdad et de la Mésopotamie.


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