Al-Charaa et Mohammed ben Salmane ouvrent un nouveau chapitre dans les relations entre Riyad et Damas

Al-Charaa et Mohammed ben Salmane ouvrent un nouveau chapitre dans les relations entre Riyad et Damas

Par :

Al-Ummah Desk

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Istanbul

Les relations entre la Syrie et l’Arabie saoudite s’orientent vers une nouvelle phase de coopération économique et de développement, à l’occasion de la visite du président syrien Ahmad al-Charaa à Riyad, ce mercredi. Cette visite a été marquée par la signature d’une série d’accords et de mémorandums d’entente portant sur le lancement de projets dans des secteurs essentiels, notamment l’électricité, l’eau, la santé, le logement et les infrastructures.

Elle constitue une nouvelle étape dans le rapprochement entre les deux pays. La coopération ne se limite désormais plus au soutien politique et diplomatique ni aux grands investissements annoncés, mais s’étend au financement de projets destinés à réhabiliter les équipements publics et à améliorer les services essentiels en Syrie.

L’importance de cette visite tient notamment à l’annonce du premier financement saoudien de développement directement destiné à l’État syrien, par l’intermédiaire du Fonds saoudien pour le développement. Cette initiative marque une évolution vers une coopération davantage axée sur les impératifs du relèvement et de la reconstruction. Les accords couvrent également les domaines de l’industrie, de l’agriculture, de l’environnement et de la transformation numérique, tout en établissant des cadres institutionnels de coopération pluriannuelle, signe de la volonté des deux pays de construire un partenariat stratégique durable.

Cette visite s’inscrit dans le prolongement d’un processus engagé après la chute du régime de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024. L’Arabie saoudite avait alors constitué la première destination étrangère du président syrien, qui s’y était rendu accompagné du ministre des Affaires étrangères et des Expatriés, Assaad Hassan al-Chaibani. Riyad est depuis devenue l’une des principales étapes de la mobilisation diplomatique en faveur de la Syrie, notamment sur la question de la levée des sanctions et de la réintégration de l’économie syrienne dans les circuits régionaux et internationaux.

Des financements saoudiens pour des projets répondant aux besoins des Syriens

Les principaux résultats de cette visite résident dans les projets annoncés par le Fonds saoudien pour le développement. Cette enveloppe concerne plusieurs secteurs essentiels aux efforts de relèvement et répond à des besoins prioritaires de la population.

Selon les informations publiées par le ministère syrien des Finances sur sa chaîne Telegram, les projets prévoient notamment la réhabilitation de la centrale thermique d’Alep, la fourniture et l’installation de 300 000 compteurs d’eau intelligents à Damas et à Idlib, ainsi que la construction et la réhabilitation de 25 centres de la Défense civile dans plusieurs gouvernorats.

Le programme comprend également la remise en état d’hôpitaux et de centres de santé endommagés, ainsi que la réhabilitation de 10 000 logements dans une première phase.

Ces projets visent à améliorer l’approvisionnement en électricité et en eau, à rétablir les capacités des établissements de santé et à renforcer les moyens d’intervention de la Défense civile. La remise en état des logements doit, quant à elle, contribuer à améliorer les conditions de vie des familles touchées. Ces interventions revêtent une importance particulière dans la mesure où elles concernent directement les infrastructures et les services dont la population a quotidiennement besoin, au-delà des seuls projets d’investissement dont les retombées s’inscrivent dans le long terme.

Dans le cadre de la modernisation de l’administration publique, les accords prévoient également l’élaboration d’une stratégie nationale de transformation numérique, l’établissement d’une feuille de route pour sa mise en œuvre et la création d’un bureau chargé de piloter ce processus. L’objectif est de moderniser les institutions publiques, d’améliorer leurs méthodes de travail et de développer les services proposés aux citoyens, tout en renforçant l’efficacité de la gestion des projets gouvernementaux liés au relèvement.

Sur le plan sectoriel, les deux parties ont convenu de mettre en place des mécanismes de coopération dans les domaines de l’industrie, de l’agriculture et de l’environnement. L’accord relatif au secteur industriel prévoit la constitution d’équipes de travail conjointes pour une durée de cinq ans, renouvelable automatiquement. Le cadre de coopération agricole repose, quant à lui, sur des réunions périodiques tous les six mois. Enfin, l'accord environnemental établit un partenariat de cinq ans, renouvelable, afin de favoriser les échanges d’expertise et de développer des programmes communs en fonction des priorités nationales.

Les accords prévoient également l’attribution à la Syrie d’un espace d’exposition gratuit à l’Exposition universelle Expo 2030 de Riyad, ainsi qu’un accompagnement dans le cadre des programmes de la société organisatrice. Cette participation doit permettre de présenter les capacités du pays et ses perspectives économiques et d’investissement aux délégations, entreprises et institutions venues du monde entier.

Du rapprochement politique aux investissements économiques

La coopération annoncée à Riyad ne constitue pas le point de départ du rapprochement économique entre les deux pays. Elle vient plutôt couronner une série d’initiatives politiques et économiques engagées depuis le début de l’année 2025.

En février de cette année-là, le président Ahmad al-Charaa avait effectué sa première visite officielle en Arabie saoudite, où il avait rencontré le prince héritier Mohammed ben Salmane. Les discussions avaient porté sur l’avenir des relations bilatérales et les perspectives de développement de la coopération dans les domaines politique, sécuritaire, économique et culturel. Cette rencontre avait posé les bases d'une relation stratégique appelée à dépasser le cadre politique pour s'étendre au partenariat économique.

En avril 2025, l’Arabie saoudite et le Qatar avaient annoncé le règlement des arriérés de paiement de la Syrie auprès de la Banque mondiale, d’un montant d’environ 15 millions de dollars. Cette initiative avait permis la reprise des activités de la Banque en Syrie, interrompues depuis plus de quatorze ans, et ouvert la voie au rétablissement des programmes d’aide, de financement et de développement.

En mai de la même année, Riyad avait annoncé coordonner ses démarches avec Washington concernant la levée des sanctions économiques imposées à la Syrie. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhan, avait alors affirmé que le royaume était prêt à figurer parmi les premiers soutiens au redressement de l’économie syrienne. Cette démarche avait traduit l’implication de Riyad dans les efforts visant à créer les conditions nécessaires au retour des investissements et à la relance de l’économie.

Sur le plan des investissements, le Forum d’investissement syro-saoudien organisé à Damas en juillet 2025 avait constitué une étape majeure. Il avait abouti à la signature de 47 accords et mémorandums d’entente d’une valeur supérieure à six milliards de dollars. Les engagements portaient notamment sur les secteurs de l’énergie, du tourisme, de l’industrie, du commerce, de l’immobilier et de la cybersécurité. Plus de vingt organismes gouvernementaux saoudiens et une centaine d’entreprises avaient participé à cette rencontre.

La dynamique s’était poursuivie en août 2025 avec la signature d’un accord visant à encourager et à protéger les investissements, ainsi que l’ouverture à Damas d’un bureau du ministère saoudien de l’Investissement. Un accord et six mémorandums d’entente avaient également été conclus dans les domaines de l’électricité, du pétrole et du gaz. Ils portaient notamment sur le développement des réseaux de transport et de distribution d’électricité, le forage et l’entretien des puits, la gestion des champs pétroliers ainsi que les projets d’énergies conventionnelles et renouvelables.

Des projets stratégiques dans l’aviation, les télécommunications et l’eau

En 2026, le champ de la coopération s’est encore élargi à des projets stratégiques dans les secteurs de l’aviation, des télécommunications, des infrastructures, de l’eau et du développement immobilier. Cette évolution témoigne d'une volonté de dépasser les accords d’investissement ponctuels pour engager le développement de secteurs entiers.

Dans le domaine des télécommunications, le projet « Silk Link » se distingue par un investissement avoisinant un milliard de dollars. Il prévoit la création d’un réseau de fibre optique d’environ 4 500 kilomètres, ainsi que la construction de cinq centres de données et de stations d’atterrissement de câbles sous-marins. Le projet vise à moderniser les infrastructures numériques syriennes et à renforcer les capacités de connexion et de transmission des données.

Dans le secteur du transport aérien, la coopération comprend des projets de développement de l’aéroport international d’Alep et de modernisation de l’aéroport existant, ainsi que la création d’une compagnie syrienne de transport aérien commercial et de fret. Ces initiatives visent à relancer le secteur aérien et à renforcer la connexion du pays aux réseaux de transport régionaux et internationaux.

Dans le domaine de l’eau, les deux parties ont convenu de préparer des études en vue de la mise en place d’un système intégré de dessalement et d’acheminement de l’eau. Le projet prévoit une capacité de dessalement pouvant atteindre 1,2 million de mètres cubes par jour et un réseau de transport d’environ 400 kilomètres. Il témoigne de l’importance accordée à la sécurité hydrique dans les priorités de coopération, compte tenu des défis auxquels sont confrontées les infrastructures et les ressources en eau en Syrie.

Vers un partenariat qui dépasse le stade des engagements

Les accords signés à Riyad traduisent une volonté syro-saoudienne d'élargir la coopération, en passant des initiatives politiques et des annonces d'investissement à des projets de financement et de développement assortis d'objectifs précis. Ils associent la réhabilitation des infrastructures, le développement des secteurs productifs et la modernisation des institutions publiques.

L'évolution la plus significative réside dans l'articulation entre les grands investissements, notamment dans les télécommunications, l'aviation et l'eau, et les financements destinés aux services essentiels, tels que l'électricité, la santé et le logement. Cette complémentarité pourrait permettre de rapprocher davantage la coopération bilatérale des besoins de la société syrienne et de mettre en place un cadre plus large en faveur du relèvement économique et social.

La visite d'Ahmad al-Charaa à Riyad revêt ainsi une importance qui dépasse la signature de nouveaux accords. Elle traduit une volonté de faire évoluer les relations bilatérales vers un partenariat multidimensionnel associant financement, investissement, transfert d'expertise et coopération institutionnelle. La reconstruction des infrastructures et le rétablissement des services essentiels s'imposent désormais comme des priorités centrales de cette coopération.

 

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